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Le Japon est pour Bernard de le Court une expérience épique.
Défendre le front occidental
Il fait partie des derniers soldats de l’armée de conscription belge à avoir défendu le front occidental contre la menace soviétique. C’était 1989, juste avant la chute du mur de Berlin : "J’avais réussi à repousser de 3 années mon entrée dans l’armée, mais après 2 ans au Japon, j’ai dû quitter l’étude des kanjis... et comme je suis arrivé en retard, j’ai été envoyé dans le groupe des déserteurs, des illettrés qui n’avaient pu lire leur convocation", raconte Bernard de le Court. Après 6 mois passés à contempler le rideau de fer, il intègre l’équipe d’organisation d’Europalia, un événement culturel annuel consacré en 1989 au Japon, organisé par une entreprise privée : "J’ai dû effectuer un grand nombre de démarches pour être exempté de service national... J’ai travaillé bénévolement pendant 6 mois, mais je n’ai pas regretté ! En plus de mon exemption, cela m’a permis rencontré le chef d’orchestre Seiji Ozawa, j’ai accompagné l’orchestre impérial du Gagaku (musique traditionnelle japonaise, ndlr)."
De retour au Japon
Quand il rend son tablier, il n’a qu’une idée : revenir au Japon. Mais avec un autre statut. Il entre dans la Société générale de Belgique, une holding industrielle. "Après 1 an passé au siège, j’ai posé mes valises dans le Japon de l’après-Bulle. Le pays s’enfonçait graduellement dans le marasme et les synergies industrielles avec la Belgique n’étaient pas la priorité du Japon ! Aussi, j’ai choisi de quitter l’entreprise en 1994, et le Japon par la même occasion."
Des endives au bonbon bra
De retour au Royaume, il rachète à un vieil entrepreneur une petite société d’exportation vers le Japon de légumes surgelés, et d’endives... Mais se rend compte rapidement des limites du chicon (ou endive) et se lance dans le développement et l’exportation de lingerie féminine. "La Belgique est connue au Japon pour ses dentelles, aussi j’ai pensé qu’il y avait un marché à potentiel." La suite lui donne raison : après quelques mois, le géant japonais de la lingerie Wacoal lui achète les droits d’une marque spécialement créee pour l’occasion. Puis il change de partenaire et devient le fournisseur de Peach John, autre acteur du secteur au Japon. Il lance le concept du Bonbon bra et vend des centaines de milliers de soutiens-gorge dans l’archipel. "Et là, la vie est belle", soupire-t-il. Vient ensuite le Bardot bra, "un sous vêtement en dentelle, tout couvrant, push up et rembourré", développé pour le Japon. "Pris d’une petite crise de mégalomanie, j’ai alors lancé la marque Belle Cour... Malheureusement, l’aventure touchait déjà à sa fin". La montée en puissance de la production chinoise met à mal la compétitivité de ses produits. "Mes belles années pour la lingerie se situent entre 1997 et 2002, puis j’ai arrêté. Avec le recul, je regrette un peu, peut-être aurais-je dû insisté davantage."
Euphorie
En 1997, enthousiaste, il lance une marque de cosmétique, Art d’Herbes. "L’offre était déjà pléthorique. La mayonnaise n’a pas pris." En 1997 toujours, un ami designer lui propose de diriger son entreprise, Yukisaburo Watanabe. Haute-couture, prêt-à-porter, licences. "Il s’agissait d’une société japonaise et ma mission consistait à apporter de nouvelles méthodes de travail. J’ai tenu 4 ans entre cette société, les soutiens-gorge et les légumes surgelés." Célibataire, il s’offre un train de vie très haut, roule en Jaguar décapotable... "Puis en 2000 je me rend compte que je travaille trop, j’arrête de diriger la société de mode, je revends ma Jaguar, me marie, ma femme tombe enceinte..." Une nouvelle vie commence.
15.000 tonnes de pommes de terre
À cette époque, il se rend compte du potentiel que représentent les frites surgelées au Japon, un secteur qu’il a gardé à l’œil depuis le rachat de la société d’export de légumes. Il entre en discussions avec Lutosa dont il est l’agent depuis plusieurs années pour créer une filiale au Japon. En 2005, c’est chose faite, et les ventes suivent. "En 2003, Lutosa exportait 300 tonnes de frites vers le Japon ; en 2010, nous devrions atteindre les 15.000 tonnes." Son premier gros client : Ito Yokado et ses restaurants familiaux. Puis les autres groupes du secteur suivent. Chez ses clients, il constate que le moule social est encore très fort : "les jeunes recrues adoptent une attitude mécanique, pour eux, on ne peut pas réussir sans se conformer aux normes."
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