Advertisement

ASIAN TIGER

Advertisement

CCIFJ FJE

Advertisement

Advertisement

Advertisement

« Français et Japonais : j’assume les deux !... »
par Louise Monteyne
Comité jeunes professionnels | 15 octobre 2007
La CCIFJ a eu l’honneur de recevoir M. Mineaki Saito lors du dernier dîner des Senpai le 11 septembre. Au cours de ce dîner M.Saito s’est mis a nu sur sa vie en France et son retour au Japon : « La France m’a donné mon identité. Je m’y suis formé et j’ai construit mon identité je ne suis pas un Japonais comme les autres car je suis issu du moule de la société française. Ma vie me convient. Je suis à la fois Français et Japonais ou ni l’un ni l’autre mais j’assume les deux. », déclare-t-il.
JPG - 40 ko
Mineaki Saito

Tout a commencé pendant les mouvements culturels des années 69-70.
A l’époque M.Saito est non seulement artiste avant-gardiste fervent admirateur de philosophie française avec un intêret particulier pour Sartre, Camus mais aussi cinéphile. Il connaît tous les films de Godard.
C’est en lisant un livre de Camus qu’il se dit : « un jour je voudrais voir la terre rouge d’Algérie » et il s’est intéressé à la France en s’identifiant à l’auteur. Dans les années 70 période de conflits étudiants au Japon, il voit son lycée fermer alors qu’il était en pleine préparation d’une exposition. Sentiment d’impuissance et de déception.

Après des mois d’errance dans Shibuya, un soir il se retrouve avec ses amis dans une boîte de jazz « Black Hawk » tendance très trash à l’époque. Après plusieurs gin-tonic déclare ; “on va aller en France”. C’est ainsi qu’il commence dès le lendemain sa préparation pendant un an en prenant des cours de français.
Arrive le jour du départ, en 1971 sur Aéroflot qui est un luxe à l’époque. Il arrive à Paris et sa première question est : « Je suis là , qu’est-ce que je fais ? ».
Son but était déjà atteint par rapport à sa famille et ses amis. Il lui fallait trouver un autre but. Il a commencé à travailler pendant 3-4 mois. Il logeait avec des portugais, des italiens immigrés comme lui : « J’ai appris à vivre à ce moment-là dans la vraie société. Jusque-là j’étais un étudiant Amai c’est à dire que j’avais une vie protégée », déclare-t-il.
Il est parti du Japon, l’image idéaliste de Godard, Sartre et Camus en tête : « J’ai dû trouver ma raison d’être. Au Japon je me sentais conditionné et comme tous les jeunes je voulais me libérer. En France exister, ne pas exister,, vivre ou ne pas vivre, rester ou partir tout est question existentielle et de liberté » ...

Le désir d’être artiste est toujours présent. Après plusieurs mois de souffrance dûe à son niveau de langue française et au manque d’argent, il décide de se mettre à l’écriture et aussi d’entrer à la Sorbonne. Il s’inscrit donc à la faculté d’Arts- Plastiques et connaît la dure vie estudiantine dans une chambre de bonne rue de Bourgogne, le manque d’argent, le froid de l’hiver rigoureux et le camping gaz pour se chauffer. C’est dans le célèbre quartier de l’Opéra en 1973, il découvre une agence de voyage Mitsukoshi travel agency qui recrute. Il est aussitôt engagé. A partir de ce jour il partage ses journées entre les cours, le travail à l’agence et à cela il ajoute des visites guidées sur le bateau-mouche la nuit. _ Il obtiendra malgré tout son diplôme et passera 17 ans chez Mitsukoshi. Entre-temps il a acheté un terrain et a construit sa propre maison, seul, en 10 ans. Une fois sa maison construite on lui a proposé un poste au Japon. ”Ma vie est toujours comme ça, un autre stade. Ma maison finie je passe à autre chose”.

Après 21 ans passés en France son retour au Japon s’annonce difficile :« J’ai appris à vivre dans une société en France sans connaître la société japonaise.
« Aujourd’hui ça fait 15 ans que je suis au Japon et je peux dire que la France m’a donné mon identité. J’avais une liberté totale mais en même temps je n’étais personne. Le Japon est mon pays natal mais j’ai vécu des choses extérieures »,dit-il.

M. Saito est entré chez Hermès après avoir refusé une fois le poste car c’était au Japon ! Cependant c’est Jean-Louis Dumas et Patrick Thomas qui lui ont donné l’envie de travailler pour la maison Hermès. En effet quand Mineaki Saito a découvert l’atelier ce fut « la révélation et l’intérêt pour le produit, l’artisan et les fabricants ». Depuis ce jour-là il ne cesse d’expliquer à ses employés et à ses clients que « les produits Hermès sont faits par nos artisans et sont le fruit d’un long travail ». Le luxe donne une impression de superflu inutile mais il est né du travail de l’artisan.
Mineaki Saito pense que les japonais comprennent la valeur, l’âme des produits, des objets donc c’est un plaisir de vendre ses produits aux japonais.
Jusqu’à l’ère Meiji,Taisho, les japonais avaient cette valeur des objets mais après la guerre sont arrivés avec les américains la consommation de masse, des produits jetables etc... Les japonais durant cette période pensaient que l’image de la richesse était la quantité. Il fallait avoir beaucoup de choses. Maintenant on est dans une période de retour vers la spiritualité. Ce n’est plus la quantité mais la qualité qui prime. Actuellement il y a une recherche de la vraie richesse et je pense « contribuer aux retrouvailles de la richesse intérieure ».

Hermès et moi c’est une rencontre. J’ai organisé des rencontres entre les japonais et les produits Hermès. La maison Hermès a une âme.
J’ai passé 21 ans en France et 15 ans au Japon. Ces deux pays sont extraordinaires et je veux continuer à vivre entre les deux . 

Retour sur la rubrique Comités opérationnels
Retour à la rubrique Comités